• Sem9 - Intérieur - Extérieur...

     Quand vous commencer à découvrir le Japon avec les yeux d’un occidental, il est frappant combien tous les objets et signes extérieurs du quotidien prennent une forme différente. C’est frappant et quelque peu déstabilisant : ce sont bien-sûr tous les ‘signes’ de la communication écrite qui jalonne notre espace visuel où que l’on se trouve ; ce sont tous  les objets du quotidien (prenez un repas où il n’y a plus d’assiette, de fourchette, pas forcément de verre, encore moins de couteau ; en fin de repas, allez simplement aux toilettes…) ; c’est l’organisation du temps et des actes ; ce sont bien-sûr les comportements dans chaque situation de la vie. Donc au début, il y a ce doux sentiment de dissolution des points de repères, cette séduction de l’exotisme pour le regard du touriste.

    Exotisme des objets : studio Ghibli et Train de banlieu

    Sem9 - Intérieur/Extérieur

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    Mais, après quelques semaines, l’exotisme n’est plus une motivation suffisante. Les différences ne sont pas toujours en faveur de l’Orient : l’incompréhension pourrait-elle se cristalliser ? Au-delà des premiers sentiments de séduction, comment percevoir la texture de toutes ces différences extérieures ? Comment les ressentir pour éclairer le dialogue entre cultures distinctes ? Il me semble que la seule manière de les apprécier plus profondément est de chercher à percevoir, voire à expérimenter, l’expérience intérieure qui animent ces objets extérieurs.

    Peut-être la civilisation japonaise nous ouvre-t-elle naturellement vers un mouvement d’intériorité, vers cette dynamique à percevoir ce qui anime l’intérieur des mouvements de vie que nous percevons par ailleurs dans leur expression extérieure ? Lorsque vous arrivez seul pour 6 mois dans ce continent éloigné, au-delà des points de repères extérieurs, vous perdez également beaucoup de points de repères intérieurs. Il s’agit notamment de tous vos repères sociaux qui vous nourrissent naturellement au quotidien, sans même que vous ne vous en rendiez plus compte : ce tissu de liens extrêmement présents au quotidien avec vos familles, avec vos amis, avec tous les espaces sociaux que vous habitez au quotidien. Intérieurement, émerge une sorte de sentiment de mise à nu. Le Japon sait apporter la solitude… et ces liens ne peuvent se reconstruire -et encore moins se transposer- en quelques mois.  Je pense que tous ceux qui font l’expérience de la solitude de manière soudaine vivent cela : une sorte de vide intérieur profond et déstabilisant se présente à nous. S’agit-il de supporter patiemment la solitude ? Ou peut-être d’en profiter pour tenter d’aller au-delà du tissu qui nous habille confortablement d’habitude. Ce grand vide intérieur laisse notamment la place pour aller encore plus à la rencontre avec soi-même : trouver une autre assise intérieure, pour rester dans le bonheur quelle que soit la nudité apparente. Cette nouvelle assise, fruit de cette déstabilisation qui perturbe initialement, reconstruit une nouvelle expérience intérieure pour mieux apprécier l’Orient.

     Zojoji-Un extérieur... vu de l'intérieur.

    Sem9 - Intérieur/Extérieur

    Civilisation de l’intériorité ? En tous cas les interactions humaines au Japon et en France sont très différentes. J’ai déjà évoqué la co-existence de ces espaces personnels et individuels dans le silence des transports en commun. Le monde professionnel offre également un niveau d’interaction beaucoup moins développé qu’en Europe. Cette forme de vie sociale, pousse-elle vers une forme d’invidualisme et d’intériorité renforcée ? C’est fort possible. Ce sont des aspects subtils et difficiles à percevoir avec justesse. On a aussi parfois le sentiment que nos yeux occidentaux perçoivent également mal la subtilité des interactions, qui peuvent se situer à d’autres niveaux que dans nos propres cultures. Par exemple an Aïkido, au Dojo de Tada Shihan, je suis supris par le caractère assez ‘éthéré’ du contact physique dans la pratique. Le contact entre pratiquants, aite – tori, semble perdre de sa proximité et de sa réalité corporelle ; par contre, je reste sous le charme non seulement de la gentillesse de tous ces pratiquants, mais également du vrai sourire de l’âme qui s’échange lors du remerciement final à chacun des pratiquants que vous avez croisés (Arigato gosai mashita..). …Comme si l’interaction se vivait aussi sur un autre plan que le physique.

     Temple bouddhiste Gessoji, à l'entrée du Dojo de Tada Shihan.

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    Au-delà des Arts martiaux, ce dialogue entre intérieur et extérieur semble présents dans tous les arts japonais. Peut-on d’ailleurs parler de l’intérieur, sans parler de l’extérieur ? Peut-on même construire l’intérieur, sans l’extérieur ? L’extérieur n’offre -t-il pas le miroir (kagami) indispensable pour construire l’intérieur ? Sans percevoir ce dialogue le néophyte a du mal à apprécier ces formes artistiques, car quel sens peuvent-elles prendre si on ne perçoit pas le mouvement d’intériorisation dont elles sont le vecteur. Que ce soit pour un art martial ou l’ikebana quel intérêt la pratique technique peut-elle revêtir…si on se limite à percevoir cette vision extérieure ? Peut-être plus tard, si l’on rentre en profondeur dans la pratique, aura-t-on envie de délaisser la technique extérieure pour se consacrer au chemin intérieur. Mais c’est sans doute un autre écueil dans la plupart des cas : en supprimant le miroir de la technique, ne supprime-t-on pas l’outil de travail et donc le chemin lui-même ? Peut-être s’agit-il alors de délaisser la technique tout en la pratiquant et en l’affinant encore ? L’expression extérieure de l’Art devient alors expression du mouvement intérieur et opportunité de partager cela avec d’autres.

    Kyudo- L’expression extérieure devient alors expression du mouvement intérieur

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     Civilisation de l’intériorité ? C’est en tout cas ce que l’on retrouve dans l’une des expressions les plus élevées de cette société : le cheminement spirituel, qu’il soit bouddhiste ou shintoïste et la recherche intérieure de la transcendance, source de tant d’intérêt aux yeux de l’occident. Aller réellement à la rencontre de cette spiritualité n’est pas forcément aisé, même au Japon, mais on perçoit cependant ce mouvement très présent de manière sous-jacente dans le quotidien de la culture japonaise : une sorte de terreau qui nourrit bien des choses, autant que les fruits uniques qui en éclosent parfois. Cet équilibre particulier entre intérieur et extérieur, cet écho du chemin intérieur dans bien des pratiques extérieures du quotidien, me semble en effet être encore aujourd’hui une des facettes vibrantes du Japon.

    Fuji-san, Montagne sacrée...

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  • Commentaires

    1
    Geneviève/ kizou
    Dimanche 6 Mars 2016 à 10:12

    pas de Fugi-san ici juste le Pilat à une hauteur beaucoup plus modeste, mais enneigé aujourd'hui!

    18 éruptions enregistrées dans l'histoire du Fugi-san, la dernière datant de 1707....il est encore actif. Et dans le livre "la Fascination du Japon", je lis que "ce n'est pas une montagne de corps divin( shintai-san)  mais un espace montagneux qui accueille des rites sacrés." Faire l'ascension du Fugi-san est lié à une démarche d'ascèse . Les femmes n'ont été autorisées à  le gravir qu'à partir de 1872. C'était tabou avant pour des questions religieuses...

    J'admire ce petit ilot sur la photo Zojoji  où pousse un érable avec un paysage minéral à ses pieds. La lourde porte en bois est magnifique.

    Enfin l'architecture de la maison japonaise évoque ce lien intérieur, extérieur avec l'engawa qui borde la maison:

    http://www.editionsparentheses.com/IMG/pdf/P283_20_MAISONS_NIPPONES_EXTRAITS.pdf

    Je suis convaincue que la conception de cette maison reflète vraiment un modèle de pensée, une façon d'être.

    Bonne semaine, Xavier.

    Amitiés

     

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