• Sem.2, Marcher, Aruku, ArukiKata

    Dans une mégapole comme Tokyo, la marche est de rigueur, même si les transports en commun sont très complets. Ainsi les Tokyoïtes marchent beaucoup.

     Mais, même dans ce simple geste du quotidien, l’orient et sa culture sont présents. L’européen qui déambule avec des amis sur un trottoir, a fortiori si c’est un européen un peu latin, aura tendance à utiliser le trottoir de manière très libre, quitte à le remplir avec ses amis sur toute la largeur dès qu’il y a du vide, s’adaptant ensuite de manière souple et désordonnée aux croisements qui se présentent. S’il est pressé, son pas deviendra empressé, il pourra même se mettre à courir. Bien souvent, dans cette déambulation amicale outre le trottoir l’espace sonore est aussi assez rempli des discussions des uns et des autres.

    Rien de tout cela dans cette ville à la fois orientale et forcément surpeuplée (40millions…). Pour commencer on marche en file, sur les trottoirs, et plus précisément sur la file de gauche : c’est-à-dire qu’au lieu de remplir le vide, au contraire on a tendance à le préserver, en premier lieu par attention à l’autre, pour lui laisser lui aussi son espace vital en sens inverse. Les japonais ne courent pas, où rarement, la plupart du temps la marche est simplement calme et tempérée ; elle semble contribuer à un certain calme des émotions aussi. Donc une organisation constante et calme de la déambulation ; et on est aussi frappé du calme et du silence. Le rapport au bruit et à la parole sont complètement différents, là aussi sans doute dans une attention constante à l’autre pour ne pas envahir l’espace sonore (A noter, que cela conduit facilement, dans des bus ou trains, à des atmosphères que nous-autres qualifierions de ‘lugubres’). Comme si, dans bien des cas, plus que la présence c’était l’absence qui importait et plus que le plein, le vide nécessaire. Et peut-être dans cette absence et dans ce vide, une autre forme de présence ...voir de plénitude ?

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    De temps à autres vous croisez aussi un vieux japonais qui marche de cette manière curieuse, que reconnaitront peut-être les Aïkidokas. C’est le centre de gravité, situé avec le Hara, qui semble se déplacer, les jambes et pieds accompagnent souplement et sans efforts ce déplacement des hanches (Cf. exercices avec M. Prouveze). Pour développer cette marche particulière, ce qui est intéressant, c’est qu’au début vous devenez conscient mentalement du Hara, de sa densité (présence dans le Hara), de son relâchement ou pas, de son équilibre ou pas. On prend conscience du haut du corps et de son nécessaire relâchement, le mental se calme, et la respiration change. Les pieds prennent contact plus avec les plantes de pieds que les talons, ce qui permet aussi de catalyser certaines zones spécifiques (méridien du rein par exemple). Bien sûr tout cela paraît assez déphasé, mais plus tard, si n arrive à inscrire cette marche, cela devient inconscient et par contre les bienfaits à la fois pour le calme, pour le corps restent présents : comme une petite aide de plus sur le chemin. Peut-être que cela vaut le coup au moins de tester…

    Et puis parfois, vous partez réellement pour marcher, pour une marche dans la nature (peut-être à rechercher un peu plus de solitude vis-à-vis de ces milliers de têtes nouvelles croisées à chaque instant). Et vous arrivez dans des lieux comme celui-là (en fait pas du tout seul !).

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     Vous ne l’aviez pas prévu, mais cette fois le silence n’est plus tout à fait de mise: en arrivant vous entendez le son des conques et des gongs. Le Japon vous offre une nouvelle surprise !

    Et votre marche s’arrête un instant.

    Bien sûr vous ne savez pas comment faire, ni si vous pouvez ou ne pouvez pas…mais en observant finalement vous décidez de retirer vos chaussures, on vous invite gentiment à entrer dans ce temple presque situé au sommet de la montagne, comme si la marche devait faire une pause régénératrice avant de redémarrer.

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    Impossible de vous le montrer en photos (interdites..), mais l’ambiance est unique, à la fois très simple et ouverte à tous, à la fois ouverte sur bien autre chose. Les moines alternent chants et instruments, dans une atmosphère sombre et d’encens ; si vous êtes bien assis et calme, si vous lâchez un peu, ces vibrations rentrent dans le corps et ne le laissent pas neutre ; même sans comprendre les chants, naturellement chacun se met un peu en vibration à l’unisson. Sans suivra une belle cérémonie où les prières (pas sûr…) sur plaquettes de bois sont purifiées par le feu au centre du temple, avant que chacun reprenne la marche pour découvrir à l’arrière, l’espace d’un instant, le Boudha rendu visible pour ce moment particulier.

     La marche a bien des facettes particulières au Japon…

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  • Commentaires

    1
    Geneviève/ kizou
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 10:23

    quel bonheur d'ouvir son ordinateur un dimanche matin et de voyager par procuration! J'ai donc appris ce qu'est le hara là où il se situe puis j'ai compris ( grand mot) ce qu'est le ki.

    C'est vrai que quand on marche on devrait être plus attentif à cet acte de marcher souvent accompagné de nos pensées.

    J'ai presque fini de lire" le tournoi ou le maître de Go" de Kawabata. je suis sûre que Shusai le dernier maître de Go marchait en 1938 comme ce vieux japonais .

    Hier, quant à moi, j'ai marché dans la neige dans le quartier en tâchant de suivre mon électron libre nommé pierre!

    Plus de lumière ici aujourd'hui.

     

    http://www.lacauselitteraire.fr/le-maitre-ou-le-tournoi-de-go-yasunari-Kawabata

     

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    Papilu
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 16:43

    Salut Xavier

    Intéressant tes commentaires sur la vie à Tokyo. Ce matin avec Odile nous sommes allés marcher au dessus de chez nous au pied du Pilat et j'avoue qu'en marchant je ne me suis pas posé toutes ces questions mais bon, nous ne sommes pas 40 millions, en fait nous n'avons croisé personne ... le calme, le silence, la réflexion sont donc naturels ...

    On attend la semaine 3

    Amitiés

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    Gaëlle
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 18:29

    Tes explications sont très intéressantes. Un grand merci pour ces quelques photos qui nous permettent de nous échapper un peu. Ton explication sur le calme dans les transports que nous qualifierions de lugubre me fait penser à mes aller retour quotidiens en TER entre St Étienne et Lyon où parfois nous aimerions un peu de calme mais où également j'organise Parfois,  avec mes copains de train,  des petits déjeuner et des apéro qui deviennent vite un peu bruyants . J'imagine que les japonais ne le ferais pas...

    'Bon voyage à toi.  

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